14.02.2008

Aléas du marketing direct (2)

L'on est parfois surpris de la perception que peut provoquer l'exposition d'une réflexion que l'on propose sur un blog personnel. L'on ne sait pas en effet au départ si l'on sera véritablement lu ou quel sera la direction que prendra les débats. Parfois, la suite du débat pouvant se prolonger "off line".

Concernant la note que j'ai publié récemment sur la campagne de marketing direct initée par les socialistes brestois dans le cadre de cette campagne des municipales, j'ai ainsi reçu ce matin par courrier électronique le témoignage d'un autre conseiller de quartier à qui le document en question avait été adressé.

Monsieur Le Suavet qui s'implique dans le Conseil Consultatif du Quartier de Brest-Lambézellec a souhaité que soit rendu public l'échange qu'il a eu à ce sujet avec un responsable de la liste "Brest en marche" :

Lettre ouverte à Monsieur le "maire-candidat"

Monsieur le "maire-candidat",

Je viens de recevoir, par la poste, votre programme pour les municipales. J'ai reçu ce courrier en ma qualité de membre du Conseil Consultatif du Quartier de Brest-Lambézellec. Je déplore cet envoi pour deux raisons :

- Vous avez utilisé, en tant que candidat, les fichiers informatiques d'adresses qui vous ont été transmis en votre qualité de maire. Cette fusion de fichiers et cette confusion de "casquette" ne me semblent pas légales. Je vous demande donc de fournir ces fichiers aux autres listes qui se présentent aux municipales. Je me pose également des questions sur l'origine des fichiers qui vous ont permis d'adresser ce mailing aux associations brestoises !

- Cet envoi massif de 24 pages couleurs n'est pas très "développement durable", notion que vous souhaitez mettre au premier plan dans votre campagne électorale !


(suit la formule de politesse).


Je vous propose la réponse que lui a communiqué Marc Coatanéa au nom de la liste "Brest en marche" :

Monsieur,

Suite à votre courrier, je tenais à apporter certaines clarifications concernant l'envoi des programmes de la liste Brest En Marche. Il n'y a en effet aucune confusion des genres en la matière, il s'agit bien du programme d'une liste envoyé par un candidat. Les destinataires sont issus d'un fichier d'adresses qui a été acheté auprès des services de la mairie. Cette liste, regroupant des personnes particulièrement engagées pour notre ville, au sein d'associations ou des CCQ, est à disposition de l'ensemble des candidats qui souhaiteraient s'en servir, et son achat pour l'envoi du programme a fait l'objet d'une facture qui sera intégrée dans les comptes de campagne, conformément au Code Electoral. Il n'y a donc, comme vous pouvez le constater, aucun mélange des genres, tout cela se fait de façon parfaitement claire et transparente, et à égalité entre tous les candidats. Quant à l'aspect développement durable, nous avons choisi de limiter au maximum cette diffusion du programme "in extenso", qui sera surtout disponible sur le site Internet, et n'a donc été diffusé qu'à un cercle restreint de personnes engagées pour la vie de notre ville. Le document grand public, qui sera distribué à l'ensemble des Brestois, a été réduit à 12 pages, notamment pour permettre de réduire la consommation de papier. Par ailleurs, le papier utilisé est sans chlore, issu de forêts
gérées durablement. Si nous pensons que le recours à un support papier est toujours nécessaire, vous pouvez constater que nous nous efforçons d'en réduire l'impact au maximum.


(suit la formule de politesse).


Si l'on s'en tient à la réponse de monsieur Coatanéa, tout serait légal et certifié développement durable ! Circulez, il n'y a rien à voir ! Pourtant, je ne sais pourquoi, cela continue à me titiller. Qu'une liste des associations brestoises existe, ma foi, il n'y a pas de quoi en faire un fromage. Il est fort normal qu'une collectivité tienne à jour une liste des structures associatives qui sont sur son territoire. Que la collectivité tienne disponible cette information, cela semble dans l'ordre des choses. Que la Ville en fasse commerce cela peut se discuter. Ce qui continue à me gêner dans cette histoire reste le fait que les coordonnées personnelles des conseillers de quartier aient été intégrées dans un fichier informatisé sans que les intéressés aient donné leur accord pour communication au public, que cela soit ou non en contrepartie de la perception par la Ville d'une redevance, pour une utilisation qui n'a rien à voir avec la relation normale qui lie les élu-e-s et les membres de ces conseils d'habitants.

Concernant la notion de "développement durable" de tels mailings je reste septique au regard de l'argument avancé. Quoiqu'il en soit, je note que pour monsieur Coatanéa "le recours à un support papier est toujours nécessaire" ...pour la propagande électorale bien sûr. Allez monsieur Coatanéa, encore un petit effort et vous vous rendrez vite compte du caractère nécessaire d'un retour à un bulletin de vote de la même matière. Il suffira juste que ces derniers soient "sans chlore" et "issu de forêts gérées durablement". De plus cela permettrait à nouveau un contrôle citoyen des élections, état qui en soit devrait être revendiqué par tous les candidats à cette élection municipale. L'on en est hélàs loin à Brest. Pour ceux qui voudraient évoquer une éventuelle biodégradabilité des ordinateurs de vote opaques et invérifiables acquis à grands frais par la municipalité sortante, eut égard aux métaux lourds qui entrent dans leur composition, je laisserai l'argument à ceux qui voudront se l'approprier.

Aller plus loin :

- Loi n° 78-17 du 6 Janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés

Commentaires

Effectivement, il n'est pas certain que la réponse de Monsieur COATANEA suffise à dissiper les doutes.

Il faut en effet savoir si dans un premier temps, chacune des personnes membres des conseils consultatifs de quartier a été informée de la constitution d'un fichier d'adresses?

Il faut ensuite savoir si ces mêmes personnes ont expressément autorisé la constitution de ce fichier?

Il faut enfin savoir si ces personnes ont expressément autorisé la cession des données les concernant?

Or sur ce point, la réponse de Monsieur COATANEA est particulièrement silencieuse.

Ecrit par : bertrand | 15.02.2008

Je suis plutôt stupéfaite à la lecture de cet article. En effet, je trouve inadmissible que la mairie vende des listes d'adresses. Il s'agit là d'adresses d'association mais cela ne se produit-il pas également pour toutes les personnes bénéficiant d'une prestation municipales ? restauration scolaire, haltes d'accueil, crèche, bibliothèque... Il y a là de quoi constituer un ficher rentable !

Ecrit par : karine | 15.02.2008

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